L'histoire de Saint François de Sales

 

Saint François de Sales est un prélat savoyard du début du XVIIe siècle, réputé pour sa grande douceur et son humanisme. Évêque de Genève en résidence à Annecy, écrivain spirituel prolifique et fondateur d’ordre religieux, il a marqué l’histoire de l’Église catholique par sa bienveillance et son approche pastorale novatrice. Encore aujourd’hui, il est vénéré comme un modèle de charité, de patience et d’optimisme.

Jeunesse et formation

François de Sales naît le 21 août 1567 au château de Sales, près de Thorens (Savoie), dans une famille noble catholique . Destiné d’abord à une carrière juridique, il étudie brillamment les humanités et le droit à Paris puis à Padoue, où il développe de solides qualités humaines et intellectuelles . Vers l’âge de 19 ans, le jeune étudiant traverse pourtant une crise spirituelle profonde : angoissé par la doctrine de la prédestination, il craint pour son salut éternel. Cette épreuve le mène finalement à une confiance totale en Dieu : en priant la Vierge Marie, il retrouve la paix intérieure et adopte dès lors une vision résolument optimiste de la foi, à contre-courant du pessimisme religieux de son époque

De retour en Savoie, François sent naître en lui la vocation sacerdotale. Son père est d’abord réticent à le voir renoncer à la prestigieuse profession d’avocat, mais François choisit la voie de l’Église avec le soutien discret de sa mère . Il est ordonné prêtre en 1593, prêt à consacrer sa vie au service de Dieu et du prochain. Dès ses premières années de ministère, sa personnalité chaleureuse et son zèle apostolique se révèlent pleinement.

Évêque de Genève et fondateur

En 1594, François de Sales se porte volontaire pour une périlleuse mission d’évangélisation dans le Chablais, une région de Savoie alors sous influence calviniste. Pendant quatre ans (1594-1598), il parcourt inlassablement villes et villages de cette contrée hostile pour y ramener la foi catholique . Armé de patience et de douceur, le jeune prêtre prêche, catéchise et débat avec les protestants, privilégiant le dialogue charitable plutôt que la confrontation. Son tact et sa bienveillance portent du fruit : de nombreux habitants revinrent au catholicisme grâce à son influence . Cette réussite pastorale, accomplie sans violence, assoit la renommée de François de Sales à travers toute la Savoie.

 

En 1602, à seulement 35 ans, François est nommé évêque de Genève, un siège épiscopal qu’il ne peut occuper physiquement car la ville de Genève reste aux mains des protestants. Il établit donc son diocèse en terre savoyarde, à Annecy, d’où il continue d’exercer son ministère avec un dévouement exemplaire . Fidèle aux réformes du Concile de Trente, il se montre un pasteur proche de son peuple : contrairement à nombre d’évêques de l’époque qui restaient distants, lui visite toutes les paroisses, prêche régulièrement et se fait le défenseur des pauvres et des malades . En 1610, aux côtés de Jeanne de Chantal, il fonde l’ordre de la Visitation Sainte-Marie, un institut religieux voué à la prière et ouvert aux femmes que les austères monastères de l’époque refusaient .  Il gagna même le surnom affectueux d’« aimable Christ de Genève » parmi ses fidèles, tant sa bonté leur évoquait celle du Christ .

Figure éminente de l’Église de France, François de Sales est aussi un homme de lettres. Il laisse des milliers de pages de correspondance spirituelle et de nombreux ouvrages. Son livre le plus célèbre, Introduction à la vie dévote (1608), destiné aux laïcs vivant « dans le siècle », connaît un immense succès dès sa parution  ; il connut plusieurs rééditions du vivant de l’auteur et devint un best-seller spirituel de son siècle . Il y enseigne que la sainteté est accessible à tous, quel que soit son état de vie, et combat l’idée que la piété serait réservée aux religieux . Quelques années plus tard, il publie également le Traité de l’amour de Dieu (1616), approfondissant sa théologie de l’amour divin. Épuisé par ses travaux apostoliques, François de Sales s’éteint le 28 décembre 1622 à Lyon, à l’âge de 55 ans .

Un homme de cœur à la douceur exemplaire

La personnalité de saint François de Sales a fasciné ses contemporains par son équilibre et sa chaleur humaine. On le décrivait comme un « homme de cœur », doté d’une riche sensibilité mais jamais dans l’excès . De nature bienveillante et sereine, il n’en était pas moins volontaire et courageux. Il avouera avoir senti parfois en lui monter des accès de colère, qu’il sut maîtriser par la patience et l’abandon de soi en Dieu . Sa célèbre douceur n’était donc pas innée, mais le fruit d’un travail sur lui-même et d’une profonde vie spirituelle.

François de Sales prônait la charité et la douceur en toutes choses. Il aimait répéter qu’« on attire plus de mouches avec une cuillerée de miel qu’avec cent barils de vinaigre » – manière imagée de recommander la gentillesse plutôt que la dureté . Son conseil constant était de tout faire par amour et jamais par contrainte. « Rien par force, tout par amour » résumait l’essentiel de sa pédagogie spirituelle . En public comme en privé, l’évêque de Genève savait faire preuve d’écoute, d’humour et de simplicité. Il pouvait se montrer ferme quand il le fallait, tout en restant indulgent et conciliant . On faisait souvent appel à lui comme médiateur dans les conflits, tant son tact et sa capacité à « parler au cœur » étaient reconnus .

Cette humanité rayonnante allait de pair avec une profonde humilité. François de Sales se méfiait des apparences et valorisait l’authenticité du cœur. Pour lui, la vraie dévotion consistait à aimer Dieu et son prochain dans les petites choses du quotidien, avec sincérité et sans éclat tapageur. Il rappelait que ce n’est pas par la grandeur des actions que l’on plaît à Dieu, mais par l’amour avec lequel elles sont accomplies . Ce réalisme spirituel, accessible à tous, fait de saint François de Sales un guide toujours actuel, incarnant une sainteté faite de douceur, de patience et de bienveillance.

Héritage et canonisation

 

Après sa mort, François de Sales est béatifié en 1661 puis canonisé en 1665 par le pape Alexandre VII . Plus de deux siècles plus tard, en 1877, le pape Pie IX le proclame Docteur de l’Église, reconnaissant l’importance de son enseignement spirituel . Saint François de Sales est aujourd’hui le saint patron des écrivains et des journalistes catholiques, en hommage à son talent de communicateur et à ses écrits empreints de clarté et de charité . Il est également patron des personnes sourdes, rappelant qu’il inventa un langage des signes pour instruire un fidèle atteint de surdité . Sa fête liturgique est fixée au 24 janvier, date proche de l’anniversaire de sa mort. La Basilique de la Visitation d’Annecy abrite aujourd’hui ses reliques, aux côtés de celles de sainte Jeanne de Chantal .

L’influence de saint François de Sales s’étend bien au-delà de son diocèse et de son siècle. Son ami Vincent de Paul voyait en lui « l’homme qui a le mieux reproduit le Fils de Dieu sur terre » . De nombreux fondateurs spirituels se sont inspirés de sa vision humaniste de la foi. Dès le XVIIe siècle, son héritage se propage à travers l’École française de spiritualité animée par des figures comme le cardinal de Bérulle. Au XIXe siècle, des congrégations et mouvements reprennent son nom et son esprit : ainsi, Don Bosco, séduit par la douceur salésienne, appellera Salésiens les membres de sa famille religieuse éducative . On compte également les ordres des Filles et Fils de Saint François de Sales, les oblats et oblates de Saint-François, ou encore les Missionnaires de Saint François de Sales .

Par sa rénovation spirituelle au temps des guerres de religion et par la richesse de sa personnalité, François de Sales demeure l’une des grandes figures de la Réforme catholique du XVIIe siècle . Son esprit salésien – fait de foi joyeuse, de charité et de confiance en Dieu – continue d’inspirer l’Église aujourd’hui. De nombreuses institutions éducatives, paroisses et œuvres caritatives se placent sous son patronage, perpétuant ainsi son message d’amour et de douceur évangélique .